L'homme sujet de l'économie sociale
a) la notion de sujet de droit
Dans la vie sociale, en général, l'homme apparaît comme sujet capable, en tant que tel, de droits et d'obligations, car il est, selon l'ordre naturel, principe de ses œuvres, ayant le libre arbitre et la maîtrise de ses actes.
"Si les normes juridiques sont l'objet des recherches (du juriste), le sujet auquel ces normes sont destinées est l'homme, la personne humaine (...) dans sa partie supérieure, dans sa propriété
spécifique d'agent raisonnable qui, pour se conformer aux lois de la raison, doit agir, guidé par certaines règles de conduite, qui lui sont, ou bien directement dictées par sa conscience, reflet et écho d'une loi plus haute, ou bien prescrites par l'autorité humaine, régulatrice de la vie de communauté."
(Pie XII, 6 novembre 1949)
b) l'homme, sujet ou objet de l'économie sociale
a) Pie XII a appliqué ce principe à l'économie sociale:
"En regard de la fin de l'économie sociale, tout membre producteur (que son travail soit indépendant ou dépendant) est sujet, et non pas objet de l'économie sociale."
(Pie XII, 7 mars 1948)
b) L'économie individualiste fait du travailleur un objet:
"Le travailleur est une personne humaine, sa capacité de travail ne doit pas être considérée ni traitée comme une marchandise et son œuvre représente toujours une prestation personnelle."
(Pie XII, 31 octobre 1948)
Le droit d'association, en un tel régime, contribue à rendre à l'homme sa qualité :
"Quel est en effet le but essentiel des syndicats, sinon l'affirmation pratique que l'homme est le sujet et non l'objet des relations sociales ?"
(Pie XII, 24 décembre 1952)
c) L'économie totalitaire fait de l'homme un objet:
Ils ne protègent pas la dignité personnelle des travailleurs, ceux qui font de leur capacité productive un simple objet dont la société dispose pleinement suivant sa volonté et à son gré.
(Pie XII, 31 octobre 1948)
c) le primat de l'homme par rapport aux choses
"Au stade présent de l'avancement de la technique, l'homme, qui est le sujet du travail, quand il veut se servir de cet ensemble d'instruments modernes, c'est-à-dire des moyens de production, doit commencer par assimiler, au plan de la connaissance, le fruit du travail des hommes qui ont découvert ces instruments, qui les ont programmés, construits et perfectionnés, et qui continuent à le faire. La capacité de travail -c'est-à-dire la possibilité de participer efficacement au processus moderne de production- exige une préparation toujours plus grande et, avant tout, une instruction adéquate. Evidemment, il reste clair que tout homme, participant au processus de production, même dans le cas où il exécute seulement un type de travail qui ne requiert pas une instruction particulière et des qualifications spéciales, continue à être, dans ce processus de production, le vrai sujet efficace, tandis que l'ensemble des instruments, fût-il le plus parfait, est seulement et exclusivement un instrument subordonné au travail de l'homme.
Cette vérité, qui appartient au patrimoine stable de la doctrine de l'Eglise, doit être toujours soulignée en rapport avec le problème du système de travail et aussi de tout le système socio-économique. Il faut souligner et mettre en relief le primat de l'homme dans le processus de production, le primat de l'homme par rapport aux choses."
(Jean-Paul II, Laborem exercens, 12)